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Touchée par la main du Maître

Il a été dit au sujet du véritable art que : « ce sont les imperfections qui le rendent inestimable. » Lorsque vous pouvez voir le coup de pinceau du peintre ou le moment où il a lui-même fait une tache… ce sont ces imperfections qui rendent les tableaux authentiques, parce qu’ils « ont été touchés par l’artiste maître ». De même, ce sont nos imperfections qui permettent aux autres de savoir que nous sommes authentiques.


J’ai été invitée, il y a de cela quelques années, à participer à une croisière avec mon amie Kathy Trocolli. Nous étions quelque part au sud des Caraïbes, et ce fut un moment glorieux : du soleil, du soleil et encore plus de soleil. Mes enfants ne m'accompagnaient pas dans cette croisière particulière, et je me suis retrouvée à passer des moments merveilleux de quiétude dont j’avais tant besoin… je me joignais à des amis par ci et par là pour participer avec eux à quelques activités. Toutefois, à dire vrai, j’aurais préféré rester sur le bateau pour lire ou prendre un bain de soleil, ou alors juste faire la sieste.

Cependant, ce fameux jour, j’avais un peu d’énergie et de temps supplémentaires ; alors j’ai décidé de descendre du bateau pour faire un petit tour. Je me suis égarée dans un petit village qui possédait les boutiques les plus merveilleuses. Je ne suis pas certaine du pourquoi, mais j’ai été attirée vers un magasin qui exposait des tableaux. Ils étaient si beaux, tandis que je regardais à travers la vitrine, que je décidai d’y entrer pour jeter un œil.

Je me suis perdue dans une mer de belles couleurs et de scènes… jusqu’à ce que je commence à remarquer quelque chose de très singulier... Tous les tableaux représentaient exactement la même chose : une plage avec un hamac sous un palmier, et le roulement des vagues au coucher du soleil. Absolument magnifique… Cependant, c’était un peu étrange de voir le même thème partout. Certains tableaux étaient petits, d’autres grands, certains autres étaient en noir et blanc, et d’autres encore en couleur, discrets ou vibrants. Ils étaient placés dans des cadres qui correspondaient parfaitement à chaque atmosphère des peintures. J’ai continué à parcourir les minuscules allées de la petite boutique. Ces tableaux avaient vraiment capturé un instant de la vie de l’artiste de manière si éloquente sur la toile.

J’ai tourné à l’angle de l’allée où je me trouvais, et me suis cognée contre un grand objet cylindrique en métal, quelque chose qui ressemblait à un porte-parapluie qui aurait dû être mis à l’entrée d’une porte. Toutefois, ce cylindre métallique renfermait ce qui me paraissait être de vieilles toiles effilochées qui avaient été enroulées dans un tube, et qui tenaient ensemble par un petit ruban élastique.

J’ai sorti un rouleau du cylindre pour jeter un petit coup d’œil et j’ai vu que l’étiquette du prix, rendue alors clairement visible, affichait 3.000 dollars. Je crois que j’ai cligné deux fois des yeux, pensant que j’avais mal lu. Mais non, c’était bien cela : 3.000 dollars. Au même moment je remarque l’une des vendeuses ; je suis pratiquement certaine qu’elle était en train de regarder attentivement, mais qu’elle me donnait encore, à moi le consommateur, plus de temps pour découvrir seule.

Cependant, lorsque notre regard s’est croisé, elle a pu lire une question implicite sur mon visage. « Puis-je vous aider ? Avez-vous une question ? », me demanda-t-elle. J’ai commencé à dire : « Non, je regarde juste, » mais la curiosité l’emporta.

« Oui j’ai une question, si vous permettez. » « Je suis prête », dit-elle. « Je suis curieuse de savoir ce que représente ces toiles enroulées ? » « La même image que vous voyez partout dans le magasin… ce sont les mêmes. » « Coûtent-elles réellement 3.000 dollars ? », ai-je demandé avec étonnement. « Oui, tout à fait. Elles sont très spéciales. » Je ne parvenais pas à faire le calcul dans ma tête.

Voici où je voulais en venir : si chacune de ces toiles enroulées coûtait 3.000 dollars, alors pour l’amour du ciel, les autres peintures exposées dans tout le magasin doivent coûter dans les 10.000 dollars !! Il fallait que je sache.

« Madame, si les toiles enroulées sont à 3.000 dollars, pouvez-vous alors me dire combien coûte toutes ces merveilleuses peintures exposées ? » Elle sourit légèrement en disant : « J’ai déjà entendu cela ». Elle expliqua ensuite : « Le tarif des toiles exposées au mur et partout dans le magasin est basé sur la taille des tableaux, la plus grande toile ici dans le cadre que vous montrez est… (elle retourne l’étiquette du prix, et je retenais mon souffle) à 99 dollars ». « Pardon, vous dites ? Avez-vous dit 99 dollars ou vouliez-vous dire 9900 dollars ?! » « 99 dollars », regardant à nouveau le prix pour s’en assurer, « oui, c’est cela, 99 dollars ».

Je devais avoir l’air complètement étourdie et muette. « Madame, maintenant il va vraiment vous falloir m’expliquer cela. » « Nous travaillons avec un artiste dans cette galerie. Il peint un thème très similaire. Et ses peintures sont vraiment exquises comme vous pouvez le voir ». Je secouais ma tête en signe d’accord tandis que je trépignais d’une nouvelle curiosité.

« Pourquoi est-ce que les peintures en lambeaux et enroulées ont-elles plus de valeur que les belles peintures exposées ? » Sa réponse fut si simple et cependant si incroyablement profonde. Alors qu’elle en tira une du cylindre métallique, elle expliqua simplement : Parce que ma chère, CETTE toile a été peinte par l’artiste lui-même. Vous voyez cette petite tache là ? Elle ajoute de la valeur au prix parce l’artiste lui-même a fait cette tache lorsqu’il essayait d’ajouter de la texture à cette section particulière du tableau. Souvent, vous pouvez même voir la marque laissée derrière le pinceau qui donne un rendu pas tout à fait lisse au tableau. Toutes les petites « imperfections » sont ce qui fait connaître au monde de l’art que CE TABLEAU précisément est l’authentique. Les autres que vous voyez exposés tout autour de la galerie sont des copies de l’original. Les imperfections ont été retirées pour donner à la copie une finition lisse. Toutefois, la seule façon pour moi de reconnaître si une œuvre d’art est authentique et originale, réellement peinte par les mains de l’artiste maître, c’est par le nombre d’imperfections.

Lorsque j’ai fini ma visite de la galerie, j’étais émerveillée par cette révélation. Mon âme a fait rapidement resurgir l’histoire pour enfants, The Velveteen Rabbit (litt. Le lapin de velours). Lorsque l’enfant a reçu en cadeau le lapin, il y a beaucoup d’années de cela, le lapin était dans sa condition d’origine. Mais maintenant le lapin est devenu pouilleux, l’un de ses yeux pend, ses poils sont tombés à force d’avoir été étreint par amour. L’un des personnages dit à la fin du livre : « Es-tu triste, Lapin ? » Et Lapin, avec la sagesse d’un vieux sage, dit quelque choses comme cela : « On sait que l’on a été aimé et que l’on a eu une bonne vie lorsque la fourrure est partie. »

Il y a de la beauté dans les imperfections si nous choisissons de nous concentrer sur la façon dont les imperfections sont arrivées. Ainsi, voici certaines choses que j’ai apprises avec l’art :

1. Ce n’est pas la perfection (apparente) qui donne de la valeur. Ce sont les imperfections visibles qui permettent aux autres de voir l’authenticité.

2. La chose qui ajoute le plus de valeur et qui rend une œuvre d’art précieuse, c’est lorsque cette œuvre a été touchée par les mains de l’artiste.

3. Je veux prendre plus de risques dans la vie… même si cela me fera paraître un peu désordonné sur le chemin.

4. Je veux que la Main du Maître touche la mienne, et qu’Il me montre la voie.

5. Je crois que si je peux permettre à Dieu de redéfinir ce qu’est la perfection et l’imperfection, alors peu importe mes rides sur le front ou le manque de fermeté de ma peau sous les bras, ou le fait que j’ai un œil paresseux.

Si Dieu est l’ARTISTE et qu’Il m’a créée comme Il le voulait, et si je crois qu’Il ne fait pas d’erreurs… donc j’estime que je peux apprendre à dire que je suis une MERVEILLEUSE IMPERFECTION ! Tout le monde veut se joindre pour dire : « OUI JE LE SUIS ; JE SUIS UNE GRANDE, HARDIE, MERVEILLEUSE IMPERFECTION ! » Nous avons été touchés par la Main du Maître, nous sommes un ORIGINAL, authentique, unique, taché… ET C’EST CE QUI NOUS REND INESTIMABLES.

Sandi