Une dose saine de loyauté

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Alors que la société semble rendre de plus en plus difficile le fait de rester loyal à son travail et à ses relations, de plus en plus de recherches indiquent qu’il existe de réels bénéfices à être engagé sur le long terme.


Tandis que la société semble dévaloriser la loyauté, les bénéfices psychologiques de la fidélité auprès de ceux qui la préservent deviennent de plus en plus évidents.

Shirley Wang explique que les scientifiques ont répertorié les effets salutaires sur la santé lorsque les personnes préservent leur relation amoureuse sur le long terme, incluant la diminution des symptômes de maladies et l’allongement de la longévité. Selon une autre recherche, les employés qui s’attachent à leur entreprise au lieu de changer continuellement d’emploi tendent, pour la plupart, à recevoir une meilleure compensation financière et à être plus productifs et créatifs.

Une autre étude montre que continuer à s’enraciner dans son équipe locale aide à alléger l’angoisse de devoir partir dans une nouvelle ville. Les études ciblées sur la loyauté et la confiance suggèrent que ces qualités sont fondamentales dans les relations humaines, selon ce qu’affirment certains psychologues. « Dans la vie, disent-ils, nous avons peu de garanties que les gens ne vont pas nous blesser. C’est pourquoi, rajoutent-ils, rester loyal à quelqu’un et préserver un sentiment mutuel de confiance, cela nous rend capables de " fonctionner " avec les autres sans constamment suspecter leurs mobiles ».

La recherche révèle qu’un engagement sur le long terme dans les relations est lié à un plus grand sens de la satisfaction, du bonheur dans la vie, et à une foule d’avantages concrets tels que le partage des biens et les enfants. Il a été démontré que les gens qui ont un solide soutien ou engagement social, ont moins de risque de diabète, d’hypertension et de crises cardiaques.

Une étude réalisée sur quatre mille hommes, sur une période de vingt-deux années, a démontré que les hommes mariés âgés de cinquante, soixante et soixante-dix ans, vivent plus longtemps que ceux du même âge qui ne se sont jamais mariés, ou qui ont divorcé ou qui sont veufs, selon une recherche effectuée par le centre RAND pour l’Étude sur le Vieillissement. Une autre étude, menée sur cent trente jeunes couples, a mis en exergue que presque tous les conflits dans le couple tournaient autour du fait de savoir s’ils pouvaient compter l’un sur l’autre. « Les couples considéraient les meilleurs dans le développement de la confiance et de la loyauté dans leur relation étaient ceux qui se focalisaient sur la maximisation du bien-être de leur partenaire, et non pas du leur », dévoile John Gottman, directeur de l’Institut de Recherche sur les Relations et professeur émérite de psychologie à l’Université de Washington. Réparer une relation après que l’un des partenaires a trahi la confiance, par l’infidélité, par exemple, exige de la part des deux personnes le désir de restaurer cette relation. « Cependant, pardonner trop facilement à un partenaire peut avoir des répercussions », déclare Eli Fonkel, professeur en psychologie sociale à Northwestern University à Evanston, dans l’Illinois, qui réalise des études sur les relations. Le professeur Finkel et ses collègues ont suivi soixante-douze couples durant les cinq premières années de leur mariage. Il leur a été demandé de noter leurs propres degrés en matière de pardon, amabilité, autorespect et auto-estime, tous les six à huit mois. Ceux qui pardonnaient facilement à leur partenaire sans que celui-ci ne rectifie son comportement tendaient à manifester une dégradation progressive de leur autorespect, selon le rapport des chercheurs publié l’an passé dans le Journal of Personnality and Social Psychology.

La loyauté apporte aussi des avantages dans le monde du travail. À Silicon Valley, là où les sociétés viennent " piquer " régulièrement les employés des uns et des autres, le salaire de 50 000 employés du domaine informatique a été étudié par Katryn Shaw, professeur en économie à Standford Business School, et ses collègues. Pour la plupart des employés expérimentés, c’est-à-dire ceux qui ont généralement au moins cinq ans d’expérience dans le domaine, la majorité des augmentations de salaires viennent du fait de rester avec un même employeur, et de ne pas tourner chez les différentes compagnies. Les gens qui ont un minimum d’expérience de cinq ans, chez le même employeur, reçoivent habituellement une augmentation annuelle de 8% en compensation, contre près de 5% d’augmentation pour ceux qui ont pratiqué le turnover. Le professeur Shaw, qui a conduit cette étude en 2006 sous l’égide du Bureau National de la Recherche Économique, annonce qu’elle a trouvé des similitudes parmi les ouvriers qui ont moins de compétences, tels que ceux qui installent les pare-brise des voitures.

« L’idée circule, à Silicon Valley, qu’il y aurait du profit à s’adonner au turnover, à passer d’un employeur à un autre, » révèle Dr Shaw. « Or, l’engagement à court terme n’est pas avantageux pour l’employeur ni pour l’employé ». « Alors qu’il est rare que des employés fassent toute leur carrière dans une même entreprise, la plupart sont mieux lotis s’ils restent dans leur société pendant cinq à dix ans, » dit-elle. « À l’exception des jeunes travailleurs qui doivent d’abord chercher une société qui offre la meilleure compatibilité avec leurs talents et intérêts, » précise-t-elle. « Les salariés qui restent plus longtemps avec le même employeur sont également plus productifs et créatifs que ceux qui ne sont pas dans la société depuis aussi longtemps », souligne Dr Shaw. « Plus vous connaissez l’organisation… plus vous pouvez y jeter un regard expérimenté et dire qu’il y a une autre façon de procéder », explique Mark Keefe, directeur des ressources humaines à Atlantic Health System, un centre hospitalier à but non lucratif, dans le New Jersey, qui emploie dix mille personnes. L’établissement essaie de retenir ses employés en leur donnant une augmentation de salaire basée sur le mérite, dépassant la plupart de ses concurrents, et des avantages divers. L’année dernière, le centre hospitalier Atlantic a retenu 98,5 % de ses employés.