Aider les autres au travail, un tremplin pour la réussite

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Une étude réalisée par Sandra Walz et Brian Niehoff et publiée le 24 mars dernier dans le Journal of Hospitality and Tourism Research démontre que plus on se montre disponible pour aider ses collègues, meilleure est la progression professionnelle ; plus on réalise des tâches qui ne nous sont à priori pas attribuées au sein de notre entreprise, plus on a de chances de réussir professionnellement.


Cela pourrait vous inciter à changer d'attitude au bureau. François Vatin souligne qu’il faut savoir en effet qu’en sciences humaines et sociales on dispose rarement de résultats positifs qui peuvent être isolés de leur contexte. C’est le cas par exemple de telle température d’un liquide sur la peau qui provoque une brûlure d’un degré particulier ». Ce qui sera globalement valable en toutes circonstances, sachant que je suis capable de définir très précisément la température d’un liquide et assez précisément le degré d’une brûlure.

Qu’entend-on par « réaliser des tâches qui ne nous sont pas attribuées » ? Cela peut désigner des tâches de niveaux très variables, et des configurations multiples. Et par « réussir professionnellement », avec quelles échéances temporelles mesure-t-on un tel succès ? Y a-t-il une échelle unique, le salaire par exemple, de la « réussite professionnelle ? »

Ces catégories sont trop vagues pour être systématiquement transposables au-delà du cadre précis de l’étude. Et comment établit-on un lien de causalité entre les deux ? On peut imaginer, en effet, un « biais de sélection » : les personnes les plus dynamiques et compétentes seraient celles qui auraient la plus grande capacité à réaliser des tâches qui ne leur sont pas attribuées. Elles seraient donc aussi celles qui réussissent le mieux professionnellement sans que leur tempérament « altruiste » en soit la cause.

Ce qui est clair, c’est que dans toutes situations professionnelles, il y a à la fois une dimension d’entraide et une dimension de concurrence avec les autres, qu’ils soient vos pairs, vos subordonnés ou vos supérieurs. Il n’y a pas de travail possible qui aide les autres dans leur travail sans qu’il y ait des échanges d’informations. Même si cela comporte toujours un danger de se déposséder d’informations car celles-ci confèrent, selon la formule de Michel Crozier, un « pouvoir stratégique » dans l’organisation.

Ne rien donner aux autres, c’est prendre le risque qu’ils ne vous donnent rien non plus ; trop donner, c’est prendre le risque de se faire déposséder de son propre pouvoir. Que peut vouloir dire « réaliser une tâche qui ne vous est pas attribuée » ? C’est une configuration classique dans l’apprentissage traditionnel. On y est confiné à des travaux subalternes, et on bénéficie en contrepartie de la capacité d’observer comment les professionnels travaillent. Sans doute, le professionnel pourra être content de ce qu’on le soulage un peu de son travail, mais il pourra aussi ne pas accepter que l’on « marche sur ses plates-bandes.» Il faut beaucoup de tact pour progresser dans de telles organisations traditionnelles. Mais il est clair que dans une telle configuration, ne progresseront que ceux qui auront pris de tels risques.

source : Atlantico