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Les vrais chrétiens

Charles FINNEY

Charles G. Finney a été un grand revivaliste au 19ème siècle. Par son ministère, plusieurs milliers de personnes sont venues à la foi en Jésus Christ.

« Qui est pour l'Eternel? » Exode 32 :26 : "Moïse se plaça à la porte du camp, et dit: A moi ceux qui sont pour l’Eternel! Et tous les enfants de Lévi s’assemblèrent auprès de lui."

Il est superflu de démontrer qu'en religion les gens sont conduits par des motifs très divers, les uns par un amour réel pour Dieu, les autres par d'autres motifs. Tous font profession d'être serviteurs de Dieu, mais en observant la vie d'un grand nombre, vous reconnaissez qu'au lieu d'être serviteurs de Dieu, en réalité ils s'efforcent de rendre Dieu leur serviteur. Leur but suprême est de faire leur propre salut ou d'obtenir quelque autre avantage pour eux-mêmes, et cela par le moyen des grâces de Dieu. Ils cherchent à faire de Dieu leur ami, afin de le faire servir ensuite à l'accomplissement de leurs desseins.


Il y a une classe de chrétiens qui sont de vrais amis de Dieu et des hommes. Si vous considérez les faits qui démontrent le vrai mobile, le vrai but de leur foi, vous reconnaîtrez que ces chrétiens sont animés d'une affection sincère pour Dieu et pour les hommes.

1. Ils se reconnaissent au soin qu'ils mettent à éviter le péché.

Ils montrent qu'ils le haïssent en eux-mêmes et qu'ils le haïssent chez les autres. Ils ne le justifieront point en eux, et ils ne le justifieront pas non plus chez les autres. Ils ne rechercheront pas à cacher leur propre péché, ni à déguiser celui d'autrui. En un mot, leur but est la PARFAITE SAINTETÉ. D'où ressort avec évidence qu'ils sont de vrais amis de Dieu. Je ne veux pas dire que tout vrai ami de Dieu soit parfait, pas plus que je ne voudrais dire que tout enfant vraiment affectueux et obéissant soit un enfant parfait, ne manquant jamais à son devoir. Mais s'il est un enfant affectueux et obéissant, son but est d'obéir toujours, et s'il y manque à quelque égard, il ne se justifie nullement et ne cherche point à cacher sa faute; au contraire, aussitôt qu'il y est rendu attentif, il est mécontent de lui-même et condamne sa conduite. De même, les vrais amis de Dieu et de l'homme sont toujours prêts à se plaindre d'eux-mêmes et à se condamner pour tout ce qu'ils ont pu faire de mal. Vous ne les entendrez jamais s'excuser et jeter le blâme sur leur Créateur, en parlant de leur impuissance à obéir à Dieu ou en s'exprimant comme si Dieu exigeait l'impossible de Ses créatures. En les entendant, on sent qu'ils comprennent combien ce que Dieu commande est juste et raisonnable, et qu'ils n'accusent qu'eux-mêmes de leurs désobéissances.

2. Ils montrent toujours une grande aversion pour les péchés des autres.

Ils ne déguisent pas les péchés des autres, ils ne parlent point en faveur de ces péchés, ils n'en nient point la gravité. Vous ne les entendrez jamais faire l'apologie du péché. Comme ils sont indignés contre le péché quand ils le trouvent en eux-mêmes, ainsi le sont-ils, et dans la même mesure, quand ils le rencontrent chez d'autres ; ils connaissent son caractère odieux et ils l'abhorrent toujours.

3. Ils sont pleins de zèle pour l'honneur et la gloire de Dieu.

Ils montrent la même ardeur pour l'honneur et les intérêts de Dieu que le patriote pour l'honneur et les intérêts de son pays. Si le patriote aime ardemment son pays, son gouvernement et les intérêts de son peuple, il se met de tout son coeur à leur service ; il n'est jamais si heureux que lorsqu'il peut faire quelque chose pour la gloire et la prospérité de sa patrie. De même pour un enfant qui aime véritablement son père; il n'est jamais si heureux que lorsqu'il peut faire quelque chose qui l'honore et favorise ses intérêts; et il n'est jamais si indigné que lorsqu'il le voit injurié ou lésé. S'il voit qu'il est désobéi ou outragé par ceux qui doivent lui obéir, l'aimer et l'honorer, son coeur éclate de douleur et d'indignation. Il y a beaucoup de chrétiens de profession et même des pasteurs qui sont très zélés pour défendre leur propre honneur; mais il n'y a que les chrétiens dont nous parlons, qui se sentent directement atteints, et de la façon la plus douloureuse, lorsque l'honneur de Dieu est compromis. Ils sont les véritables amis de Dieu et de l'homme.

4. Ils montrent qu'ils sympathisent avec Dieu dans ses sentiments à l'égard de l'homme. Ils ressentent pour les âmes la même sorte d'affection que Dieu.

Je ne dis pas que leur affection soit aussi grande que celle de Dieu, mais elle est de même nature. C'est un fait que l'on peut aimer les âmes des hommes et haïr leur conduite ; cela se voit chez plusieurs. C'est un fait aussi que l'homme est fait de telle sorte qu'il ressent de la sympathie pour ceux qui sont dans la détresse ; il en est toujours ainsi à moins qu'il n'ait quelque raison égoïste d'être malveillant. Si vous voyez un meurtrier pendu, vous ressentirez de la compassion pour lui. Le méchant lui-même a cette sympathie naturelle pour ceux qui souffrent. Il y a pareillement une espèce particulière de sympathie que le vrai enfant de Dieu ressent pour le pécheur et qu'il lui témoigne. C'est un mélange d'horreur et de compassion, d'indignation contre ses péchés et de pitié pour sa personne.

Il est possible d'avoir une grande horreur pour le péché mélangée d'une profonde compassion pour l'âme capable d'un bonheur sans fin et cependant prête à tomber dans une éternelle misère. Je m'explique. Il y a deux sortes d'amour, l'un qui est un amour de bienveillance ; un amour qui ne considère point le caractère de la personne aimée, mais qui ne voit en elle que l'être sensible et exposé au péril. C'est celui que Dieu ressent pour tous les hommes.

L'autre est un amour qui renferme estime pour la personne et approbation de son caractère. Cet amour-ci, Dieu ne le ressent que pour le juste ; il ne le ressent jamais pour le pécheur. Le pécheur, il l'abhorre infiniment. Il ressent pour lui, tout à la fois, une compassion infinie et une horreur sans bornes. Les chrétiens éprouvent les mêmes sentiments, ils les éprouvent à un degré moindre, mais ils les éprouvent en même temps. Il est probable qu'ils n'ont jamais les sentiments qu'ils doivent avoir tant qu'ils n'éprouvent pas ces deux sentiments en même temps. Aussi longtemps qu'il n'en est pas ainsi, leurs sentiments vis-à-vis des pécheurs ne sont en harmonie ni avec ceux de Dieu, ni avec le vrai caractère des pécheurs eux-mêmes.

Un fait très frappant le démontre. Le chrétien reprendra, de la façon la plus catégorique et la plus fréquente précisément ceux pour lesquels il ressent la plus profonde compassion. N'avez-vous jamais remarqué cela ? N'avez-vous jamais vu un père ému de compassion envers son enfant, le reprendre avec larmes et cependant avec une sévérité propre à le dompter entièrement? Jésus-Christ pleura sur Jérusalem tout en éprouvant une brûlante indignation contre la conduite de ses habitants : « O Jérusalem, toi qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés ! » Ah ! quelle vue profonde de leur méchanceté Il avait, au moment même où, dans Sa compassion, Il pleurait à la pensée du jugement suspendu sur leurs tètes ! Il en est précisément de même de cette classe de chrétiens qui nous occupe.

Vous n'entendrez aucun d'eux parler à un pécheur de manière à le faire pleurer parce qu'un autre pleure sur lui, par un effet de pure sensibilité. Car les plus tendres appels de ces chrétiens sont accompagnés de blâmes énergiques au sujet du péché. Je désire que vous vous rappeliez ce point : le vrai ami de Dieu et de l'homme ne prend jamais le parti du pécheur, parce qu'il n'agit jamais par pure et simple compassion. Il ne dénonce jamais non plus au pécheur la condamnation qui pèse sur lui, sans montrer en même temps de la compassion pour son âme, ainsi que le plus ardent désir de la sauver de la mort.

5. La grande affaire de ces chrétiens: dans tous leurs rapports avec leurs semblables, c'est de faire de ceux-ci des amis de Dieu.

Qu'ils conversent, prient, ou accomplissent leurs devoirs journaliers, leur grand but est toujours de recommander la foi de Jésus-Christ et de conduire chacun à glorifier Dieu. Il est très naturel qu'on agisse ainsi, si l'on est un vrai ami de Dieu. Un vrai ami du gouvernement désire que chacun soit ami du gouvernement. Un vrai fils, rempli d'amour filial, désire que chacun aime et respecte son père ; si quelqu'un montre quelque inimitié à son égard, il s'efforcera constamment. de le réconcilier avec lui, De même, le trait dominant chez tout vrai ami de Dieu, c'est qu'il fera toujours de la réconciliation des pécheurs avec Dieu la grande affaire de sa vie. Maintenant, attention ! je vous en supplie. Si la réconciliation des hommes avec Dieu n'est pas la pensée qui vous absorbe, si elle n'est pas le but constant de vos efforts, si la poursuite de cette réconciliation n'est pas le trait caractéristique de votre vie, vous n'avez « ni part, ni lot dans cette affaire, » c'est la source même de la vie qui vous manque. Quelque apparence de religion que vous puissiez avoir, je le répète, c'est le trait caractéristique et la base même de toute vraie piété qui vous manque. Ce qui fait le fond du caractère et le but de la vie chez Jésus-Christ, chez les apôtres et chez les prophètes, fait défaut en vous. Considérez ces hommes de Dieu, et vous verrez que ce qui vous manque ressort chez eux en un relief ineffaçable et d'une netteté incomparable; c'est chez eux le trait dominant du caractère, le but suprême de la vie. Maintenant laissez-moi vous demander quel est le grand objet de votre vie, celui qui se montre dans tous les détails de votre conduite de chaque jour. Est-ce de soumettre à Dieu tous ses ennemis ? S'il n'est pas celui-là, arrière toutes vos prétentions en fait: de religion quoi que ce soit que vous puissiez posséder, vous n'avez pas l'amour de Dieu en vous.

6. Partout où vous trouverez des personnes de la catégorie qui nous occupe, vous verrez qu'elles évitent scrupuleusement tout ce qui leur semble aller à l'encontre de ce grand but.

Elles désirent toujours éviter toute chose propre à empêcher le salut des âmes, détourner leur attention et à les éloigner de la conversion. Quand l'on propose une chose dont la légitimité est douteuse, la question qui, pour elles, s'élève naturellement n'est pas : « Est-ce que Dieu le défend expressément ? » Non. La première question qui se pose pour elles est celle-ci : « Quel effet cela peut-il produire quant à l'avancement du règne de Dieu ? Cela tendra-t-il à empêcher la conversion des pécheurs, à ralentir les progrès des réveils, à rejeter les âmes dans le péché ? » S'il en est ainsi il n'y a pas besoin que les tonnerres du Sinaï retentissent à leurs oreilles pour leur défendre cette chose. Elles la voient contraire à l'esprit de sainteté, contraire au grand objet qu'elles ont en vue, cela suffit.

Comme exemple, prenons l'oeuvre de la tempérance. Remarquons tout d'abord que ce sont les obstacles que l'intempérance apporte à la conversion des pécheurs qui ont déterminé à l'action les hommes excellents qui ont inauguré cette oeuvre. Et ceux qui la continuent sont animés des mêmes sentiments. Vous ne verrez pas de tels hommes s'arrêter et discuter à chaque pas en disant : « Boire du rhum n'est nulle part défendu dans la Bible, et je ne me sens pas tenu d'y renoncer. » Ils voient qu'il y a là un obstacle à la grande oeuvre à laquelle ils ont voué leur vie ; cela leur suffit ; — il va de soi qu'ils abandonnent le rhum. Ils évitent tout ce qui leur semble être contraire au réveil des âmes ; rien de plus naturel. Un négociant évite de même tout ce qui pourrait nuire à son crédit, tout ce qui pourrait, aller à l'encontre de son but, qui est de faire de l'argent. Supposez qu'un tel homme soit sur le point de faire une chose qui ruinera son crédit ; vous allez à lui amicalement et vous l'avertissez de ne pas faire cette chose, vous répliquera-t-il : « Montrez-moi dans la Bible le passage où Dieu le défend ? » Non certes ! il n'aura pas l'idée de vous faire une autre question que celle-ci : est-ce vraiment incompatible avec le but que je me propose ? Prenez donc bien note de ceci, vous tous : celui qui désire ardemment la conversion des pécheurs n'a pas besoin d'une défense expresse pour ne pas faire ce qu'il voit être un obstacle à cette conversion. Il n'y a pas à craindre qu'il aille faire ce qui anéantirait l'oeuvre à laquelle il a consacré toute sa vie.

7. Les chrétiens de cette classe sont toujours en détresse à moins qu'ils ne voient avancer l'oeuvre de la conversion des pécheurs.

Quand les pécheurs ne se convertissent pas, ils disent que l'église est dans un état lamentable. Quels que soient d'ailleurs les avantages dont cette église jouit, sa situation financière, la popularité de son pasteur, le nombre de ses membres, etc., les coeurs de ces justes sont angoissés à moins qu'ils ne voient l'oeuvre de conversion se poursuivre actuellement. Ils comprennent que, sans cela, les moyens de grâce eux-mêmes font plus de mal que de bien. De tels chrétiens sont un grand sujet de trouble pour ceux qui sont religieux par d'autres motifs que l'amour pour Dieu et pour les âmes, et qui désirent conserver toutes choses calmes et tranquilles, marchant régulièrement selon la « bonne vieille méthode. »

Ces vrais amis de Dieu et de l'homme sont souvent désignés comme « les esprits inquiets ». Et remarquez cela, si une église renferme quelques esprits semblables, le pasteur sera mal à son aise à moins que sa prédication ne soit propre à convertir les pécheurs. Vous entendez parfois ces chrétiens reprendre l'église et répandre leurs lamentations et leurs blâmes au sujet de sa froideur et de sa mondanité, mais l'église réplique : « Nous n'allons pas mal du tout, ne voyez-vous pas combien nous prospérons ? vos récriminations proviennent de ce que vous êtes des esprits inquiets.» En réalité, le coeur de ces chrétiens saigne et leur âme est comme en agonie, parce que les pécheurs ne sont pas convertis et que les âmes se précipitent dans l'enfer.

8. Vous trouverez en eux un esprit de prière et vous les verrez priant non pour eux-mêmes, mais pour les pécheurs.

Si vous avez connaissance de la teneur habituelle des prières de quelqu'un, vous pourrez savoir par là quel est le cours de ses sentiments. Si l'on est mu surtout par le désir d'être sauvé soi-même, l'on priera surtout pour soi-même, pour avoir ses péchés pardonnés, pour « jouir » davantage de l'Esprit de Dieu et ainsi de suite. Mais quant à celui qui est véritablement l'ami de Dieu et de l'homme, ses prières seront pour la gloire de Dieu dans le salut des pécheurs; il ne sera jamais si abondant ni si puissant dans ses prières que lorsqu'il s'agira de ce sujet-là. Allez dans les réunions de prières formées par de semblables chrétiens, et vous verrez qu'au lieu de s'enfermer tous dans l'étroite sphère de leurs propres intérêts, dépensant toutes leurs prières pour eux-mêmes et terminant par quelques mots concernant le royaume de Christ, comme en guise d'ornement, ils répandent, au contraire, leurs âmes en prières pour le salut des pécheurs.

Je crois qu'Il y a eu des cas où de tels chrétiens ont été tellement possédés du désir de voir les pécheurs sauvés, tellement absorbés par cette pensée, qu'ils ont été pendant des semaines successives sans prier pour leur propre salut. Et si ces chrétiens prient quelque peu pour eux-mêmes, c'est pour être revêtus du Saint-Esprit, afin d'aller à la recherche des âmes et, par la puissance de Dieu, de les arracher du feu. Vous qui êtes ici, vous pouvez dire ce qui en est de vos prières ; vous pouvez dire si c'est pour vous-mêmes que vous êtes le plus émus et que vous priez le plus; ou si c'est pour les pécheurs. Si vous ne connaissez rien de l'esprit de prière en faveur des pécheurs, vous n'êtes pas de vrais amis de Dieu et de l'homme. Quoi ! le coeur insensible quand, à côté de vous, les pécheurs s'en vont en enfer ! Aucune sympathie pour le Fils de Dieu qui donna sa vie pour les sauver ! Arrière toutes vos professions de foi et toutes vos apparences de religion !

« Si quelqu'un n'a pas l'Esprit de Christ, il n'est pas à Lui. » Qu'on ne me dise pas que des hommes sont véritablement pieux quand leurs prières s'élèvent paresseusement et comme au hasard ! Affaire de forme tout autant que les prières du papiste qui défile son chapelet. De telles gens se séduisent eux-mêmes, s'ils pensent être de vrais amis de Dieu et de l'homme.