De la jungle à la vie

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Clothilde M. habitait au Rwanda à l'époque du génocide. Enceinte, et accompagnée de sa fille de trois ans et de son mari, elle a dû fuir sa maison et se réfugier dans une forêt où elle a donné naissance à sa deuxième fille.


Dans la jungle, entourée de sa famille et son nouveau-né, Clothilde s'est battue pour sauver son bébé. Pour lui donner à boire, elle remplissait sa propre bouche de l'eau du fleuve, puis déversait le contenu de sa bouche dans celle, toute petite, de son nourrisson.

Un jour, les soldats sont venus arrêter tous ceux qui s'étaient réfugiés dans la forêt. Ils les ont réunis dans un seul endroit, puis ont ouvert le feu sur chacun d’eux. Cela a été l'un des plus grands massacres du génocide. On dit que trente mille personnes sont mortes ce jour-là. Le mari de Clothilde faisait partie des victimes. Cependant, elle et ses deux filles ont pu s'échapper.

Dès que cela lui fut possible, Clothilde, le cœur brisé, quitta le Rwanda pour la France. Toutefois, comme si sa souffrance n’était pas suffisante, dans sa quête de survie pour sa famille, elle dut confier ses deux enfants à un frère.

Arrivée en France sans rien, elle a été logée dans un foyer de demandeurs d'asile. C'est par un Groupe Familial (GF), dans ce foyer, qu'elle a connu l'église. Dès ce moment, les choses ont commencé finalement à s'arranger pour Clothilde. Elle a ouvert sa chambre pour recevoir un GF, puis a reçu ses papiers. Cependant, il a fallu encore réussir quelques tests...

Le foyer lui a ordonné de déménager à Besançon, sinon elle allait être mise à la rue. Elle a refusé, ne voulant pas s'éloigner de l'église. Elle s’est alors retrouvée dehors. L'épreuve a duré deux mois, durant lesquels elle est passée d’un foyer d’urgence à un autre. Toutefois, au bout de cette épreuve, elle a emménagé dans son propre studio. En outre, elle s’est vue proposer un travail bien rémunéré, mais malhonnête. Elle a refusé, et a fini par trouver un très bon emploi !

Cependant, dans toutes ces épreuves, le plus dur a été la séparation d'avec ses enfants qu'elle aime tant. Ayant reçu son logement et son travail, elle a donc cherché à réunir sa famille. Cela faisait déjà plus de deux ans qu'elle ne les voyait pas. Bien évidemment, elle craignait, en plus de cela, pour leur sécurité. Toutefois le Rwanda a refusé d'établir des passeports pour les enfants, sans la présence de la mère. Or, en tant que réfugiée, Clothilde ne pouvait plus rentrer au Rwanda...

Cependant, Dieu sait toucher des cœurs. L'administration française a accordé des visas. Les enfants purent se rendre à l'ambassade... mais juste pour rentrer les mains vides : sans passeports, l'ambassade n'ayant nulle part où coller les visas... Clothilde, déçue, fondit en larmes. Elle sollicita alors l'aide du département juridique, qui lui rédigea des courriers. Clothilde a multiplié les appels. Sans résultat. En attendant, elle s'est engagée fortement dans l'église, devenant membre de l'accueil, puis leader de GF...

À maintes reprises, Clothilde a essayé d'appeler le ministère français au Rwanda, mais elle n'a jamais réussi à parler directement à la personne chargée du dossier. Et ce, jusqu'au jour où une personne servant au département juridique, a appellé elle-même le ministère. Elle a réussi par grâce à s'entretenir avec la bonne personne ; et tout a commencé à accélérer, enfin.

Cette personne a conseillé à Clothilde d'envoyer ses enfants dans un autre pays, afin d'obtenir des « laissez-passer » français. (NB : on ne peut pas donner de laissez-passer à des personnes se trouvant dans leur propre pays). Les enfants sont partis pour l'Ouganda, et la nouvelle personne chargée du dossier là-bas a contacté le Ministère des Affaires Étrangères français, lequel leur a octroyé en quelques jours seulement les « laissez-passer » français.

Les enfants ont eu leur visa mardi 21 novembre. Clothilde s'est empressée d'acheter les billets d'avion, et en moins d'une semaine, les enfants étaient là. De Kampala, en Ouganda, ils ont atterri à Paris le samedi 25 novembre !

Après des années de difficultés qui paraissaient insurmontables, des souffrances atroces, Clothilde a finalement pu trouver la dignité de la vie à laquelle chaque être humain devrait pouvoir s'attendre au XXIe siècle.

Nous ne connaissons pas l'histoire cachée derrière chaque visage de chaque personne, mais parfois elle raconte des voyages que la plupart de nous ne connaissons pas, de la jungle jusqu'à la vie.