La terreur, Paris, « nous n’avons pas peur », et le nouveau Siècle des Lumières

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Par Paul McGuire

Après la brutale attaque terroriste survenue à Paris, plus de quatre millions de personnes sont descendues dans les rues de France en hommage aux dix-sept personnes tuées pendant ces trois jours de terreur. Plusieurs manifestations eurent lieu à travers la France, durant lesquelles les gens chantaient : « Nous n’avons pas peur », et brandissaient des panneaux géants proclamant « Même pas peur » et « Nous n’avons pas peur ».


Les manifestants se sont rassemblés sur l’historique Place de la République, tandis que des participants levaient des bougies qui épelaient « Je suis Charlie ». Le monde libre tout entier se rallia par compassion alors que tous regardaient, via la télévision et les réseaux sociaux, la réponse de la France face aux actes violents de terreur.

Pour citer le titre de Samuel P. Huntington dans son article des Affaires Étrangères, intitulé « Le clash des civilisations », du 3 janvier 1992, le monde est en train de regarder le clash des civilisations qui pourrait être décrit comme le "11 septembre" de la France. Les images d’extrémistes islamiques armés massacrant des civils non armés avec des fusils d’assaut s’opposent violemment à l’image de Paris connue mondialement pour être la ville de l’amour et de la culture.

Contrairement aux États-Unis, les citoyens français et la majorité de la Police ne sont pas autorisés à porter des armes. En fait, il est illégal en France de posséder la plupart des armes. Alors ici à Paris, en France, dans une ville réputée pour sa culture, son art, sa philosophie, ses sculptures, ses films, ses plats gourmets et sa beauté, les barbares, à l’intérieur et à l’extérieur de ses portes, dont les idées et les croyances semblent venir de siècles en arrière, frappent la culture européenne et occidentale en plein cœur. Plus de cent mille Juifs ont déjà fui la France à cause de la montée de l’antisémitisme depuis 2013. Du fait que les terroristes aient spécifiquement ciblé une épicerie « casher » juive à Paris, davantage de Juifs quitteront la France.

Selon le chef du MI5, Andrew Parker, les militants d’Al-Qaïda en Syrie planifient des attaques pour tuer le plus grand nombre de personnes en Occident, dans les pays comme l’Angleterre, la France ou l’Allemagne. D’autres sources de renseignements croient que l’Amérique deviendra bientôt la cible d’une vague d’attaques terroristes. La France compte une population de près de soixante-six millions, dont cinq millions déclarent être musulmans. Ce qui est intéressant, c’est que moins de deux millions de personnes en France déclarent être religieux, parmi lesquels peu déclarent être des chrétiens pratiquants. La France, comme la plupart de l’Europe, embrasse une philosophie humaniste dans laquelle le christianisme est perçu comme une relique sans intérêt du passé. C’est la Révolution française et le Siècle des Lumières qui ont essentiellement créé les idées sur lesquelles notre monde moderne est bâti. Par conséquent, la puissance de la France s’étend bien au-delà de ses frontières géographiques puisque les idéologies de la Révolution française et du Siècle des Lumières ont impacté notre monde bien plus que la Révolution américaine ne l’a fait.

Le Siècle des Lumières était une révolution humaniste dans la pensée et les idéologies, et qui est à l’origine de la Révolution française. Contrairement à la Révolution américaine, fortement influencée par le christianisme et les doctrines bibliques, la Révolution française était centrée sur l’idée de l’évolution de l’homme. Le Siècle des Lumières, également connu comme l’Âge de la Raison, provient des philosophies de Sir Francis Bacon, René Descartes, John Locke, et de la révolution scientifique d’Isaac Newton. À certains égards, le terme « éclairement » est interchangeable avec celui de « illumination ». L’essai d’Emmanuel Kant sur les Lumières utilise le terme germanique « Aufklarung », ce qui signifie « illuminer ». Le terme français « les Lumières » fait également référence à l’illumination.

Plus tard, les socialistes fabiens tels que Bertrand Russel décrivaient les lumières comme une contre-révolution à la contre-réforme catholique. La philosophie de Voltaire et Rousseau ainsi que la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, dans la lignée des théories économiques d’Adam Smith, ont considérablement formé les sociétés occidentales. À bien des égards, les Lumières ont aidé les nations et cultures à s’élever à un niveau plus élevé de liberté face à l’oppression et au contrôle de groupes religieux puissants. Edmund Burke était l’un des premiers à suggérer que les philosophes du Siècle des Lumières étaient responsables de la Révolution française. Toutefois, celle-ci avait un vice de forme philosophique fatal : elle est basée sur la déification de l’homme, ignorant le concept biblique que l’homme est une créature déchue et facilement corruptible par des choses comme le pouvoir.

À l’opposé, la Révolution américaine a intégré ces vérités bibliques et créé une forme unique de gouvernement basé sur l’équilibre du pouvoir, dans lequel les trois différentes branches du gouvernement ont théoriquement été conçues pour servir en tant que contrepoids vis-à-vis du gouvernement. Par ailleurs, la Constitution et la Charte des Droits de l'Homme sont les seuls documents élaborés pour maîtriser la corruption des pouvoirs politiques, si on leur confère la place adéquate prévue par les fondateurs de la Constitution. La philosophie de Rousseau défendait la liberté individuelle, ne proposant cependant aucune garantie contre le problème sempiternel de la corruption du pouvoir. Bien que Jean-Jacques Rousseau ait eu des idées nobles, celles-ci ont été utilisées par des opportunistes politiques rusés tels que Robespierre, pour créer le Règne de la Terreur.

La France a été visée par le terrorisme, tel un outil politique stratégique par Robespierre, pour créer le Règne de la Terreur, lorsqu’une d'innombrables personnes ont été guillotinées ; il y avait des émeutes dans les rues et des orgies sexuelles dans les églises. La Révolution française, en dépit des rhétoriques pieuses, conduisit inévitablement à une dictature tyrannique. Finalement, la Première République française fut abolie par Napoléon qui utilisa les philosophies des Lumières de Voltaire pour établir une dictature scientifique illuminée. Voltaire était fortement influencé par Sir Francis Bacon, lequel a préconisé un règne de rois-philosophes, un concept qu’il a emprunté au philosophe grec, Platon, dont les idées ont pu être formées sur la gouvernance de documents historiques qu’il a pu rassembler sur Atlantis. Ces idées de règne par des rois-philosophes bienveillants ont eu leur mérite lorsque les rois régnaient selon les plus grands idéaux des Lumières. Cependant, l’histoire montre, en commençant avec Robespierre et le Règne de la Terreur, que le pouvoir absolu corrompt absolument et que les rois-philosophes peuvent souvent se transformer en dictateurs violents.

La Révolution bolchevique (communiste) de Lénine de 1917 fut inspirée en grande partie par les idées de la Révolution française, mais elle aussi a sombré dans le côté obscur, et des centaines de millions de personnes ont été assassinées ou emprisonnées. Les Lumières et la Révolution française ont donné naissance aux nations socialistes et démocratiques de base de l’Europe telles que la France, l’Angleterre, l’Allemagne et d’autres pays. Le plan global pour un nouvel ordre mondial, un système économique et un gouvernement socialiste d’un monde utopique créé par les socialistes fabiens tels que Russell, H.G. Wells et Aldous Huxley semblent, selon leurs apparences extérieures, incorporer les meilleurs idéaux de la Révolution française et des Lumières. Toutefois, le côté obscur des Lumières, tel que le côté obscur de l’âme humaine, cache toujours des choses sous la surface des eaux. La bienveillance des rois-philosophes défendue par les philosophes français est extrêmement fragile.

Lorsqu’une crise ou le chaos surgit, tout comme dans la société issue des idées de la Révolution américaine, de grandes pressions sont exercées pour saisir la liberté et les droits du peuple au nom de leur protection contre des choses comme le terrorisme. C’est pourquoi ce qui se passe en France est si important, parce que la France reste le grand centre spirituel des Lumières. Le peuple français s’est rassemblé, sous forme de manifestions de masses, pour déclarer : « Nous n’avons pas peur », mais la question doit être posée : « Sur quelle base ou sur quel fondement n’auriez-vous pas peur ? » Les manifestations et les sentiments des Français sont nobles et admirables. Cependant, même l’histoire de la France nous raconte que la nature propre des sociétés change radicalement en réponse aux menaces qui pèsent sur leur existence.

Un dictateur militaire nommé Napoléon s’est levé pour restaurer l’ordre en France après la première vague chaotique de la Révolution française, et Napoléon ajouta foi à beaucoup des idéaux des Lumières. Cependant, beaucoup d’autres révolutions dans le monde, telles que les révolutions communistes, ont perverti les idéaux des Lumières et produit des états dictatoriaux et violents, qui causèrent la mort de millions de personnes. Même le gouvernement socialiste national d’Adolph Hitler, qui fut élu au suffrage populaire par le peuple allemand, causa la mort de plus de sept millions de personnes dans les camps de concentration. Toutefois, la leçon de l’histoire est qu’Hitler utilisa la peur du terrorisme pour établir un contrôle dictatorial sur l’Allemagne, et le peuple allemand réclama à cor et à cri Hitler et le parti Nazi pour établir cette dictature dans le but de les protéger du terrorisme.

Ainsi, la France, tout comme l’Amérique, l’Angleterre, l’Allemagne et d’autres nations, lorsqu’elle est confrontée à des attaques terroristes violentes, décidera quel genre de nation et de gouvernement elle veut. La France a dit : « Nous n’aurons pas peur », mais lorsque les assauts terroristes se passeront, ils devront décider, tout comme l’Amérique et les autres nations, sur quelle base « nous n’aurons pas peur » ? La plupart des nations occidentales, y compris l’Amérique, ont pris la direction des Lumières. Cependant, toutes ces nations, incluant la France, semblent avoir oublié l’une des leçons historiques des Lumières, selon laquelle le pouvoir absolu, lorsqu’il est donné à un homme et non à Dieu, se corrompt inévitablement. C’est le grand défi que rencontrent toutes les sociétés occidentales face au terrorisme. Les nations occidentales comme la France ont besoin à la fois d’une structure organisationnelle et de la volonté collective pour arrêter le terrorisme. Toutefois, leur désir de paix et de sécurité à tout prix, que cela vienne de mouvements populistes de droite ou des rouages anonymes des états de surveillance de type orwellien, constitue finalement une menace égale à celle du terrorisme.

Selon un fondement historique et philosophie, il semble que la seule solution à portée des nations est qu’elles mobilisent stratégiquement leur puissance pour stopper le terrorisme, et cela nécessite un changement et une transformation fondamentaux. Cependant, le talon d’Achille de toutes les nations occidentales qui suivent les pas des Lumières réside dans leur refus d’admettre la nature déchue de l’humanité et la corruption inévitable des leaders politiques. Bien que les Lumières aient produit beaucoup de changements positifs, il demeure un vice de forme philosophiquement fatal, c’est la croyance erronée que les gens sont fondamentalement bons, et que, ce n’est que l'environnement d'une personne qui la rend mauvaise. Les sociétés modernes, basées sur la philosophie de l’humanisme séculaire, sont attachées à la mythologie que l’homme est foncièrement bon, malgré l’évidence, parce que c’est la partie de ce que l’on peut seulement appeler une croyance mystique dans l’idée de l’humanisme. C’était ce que le défunt Dr Francis Schaeffer appelait un « saut philosophique à l’étage supérieur » dans la logique. En d’autres termes, c’est une croyance qui se tient en dehors de la raison ou de la logique. Peut-être que ce qui prouve le plus puissamment que l’homme n’est pas foncièrement bon vient de l’un des principes de base de la croyance humaniste : la théorie de l’évolution de Darwin proclame que seuls ceux qui ont pu le plus s’adapter, ou les plus forts, ont survécu. Si l’on a pu embrasser la théorie de l’évolution, alors on peut également accepter que, selon Darwin, tout dans les comportements de l’humanité est finalement basé sur la survie.

Par conséquent, l’acte de survie est basé sur une force brutale et immorale avec l’usage du pouvoir. Les spécimens ou civilisations supérieurs survivront parce qu’ils ont le pouvoir de le faire. Malgré les notions romantiques de beaucoup qui s’autoproclament humanistes, les véritables humanistes, qui comprennent ce qu’ils croient, savent qu’il ne peut y avoir aucune compassion en faveur d’un système de croyance religieuse qui, à bien des égards, est bâti sur la mise à mort de tous ceux qui le rejettent. Le moyen par lequel un individu ou une nation peut traiter ce qui a été appelé une menace existentielle consiste en l’usage du pouvoir ou de la force. La philosophie des Lumières n’apportera pas suffisamment de protections contre la corruption de cette force ou de ce pouvoir.

Le seul système de croyance philosophique bâti sur l’équilibre du pouvoir, c’est la vision judéo-chrétienne du monde. La raison à cela réside dans le fait que la divinité biblique choisit de restreindre Son propre pouvoir absolu basé sur Ses autres attributs tels que l’amour, la grâce, la miséricorde et le pardon. Le Dieu biblique est simultanément saint, droit, juste, aimant et indulgent. C’est pourquoi le Dieu biblique, trinitaire dans Sa nature, S’envoya Lui-même en tant que Fils de Dieu dans le but spécifique d’être sacrifié en tant qu’Agneau de Dieu. La raison à cela est que Dieu a choisi d’aimer et de sauver l’homme, même si Sa loi requiert la punition de l’homme. Le caractère de la divinité biblique est l’un des pouvoirs absolus restreints par des contrepoids définis. Pour le moment, que vous croyiez ou non en ce Dieu est secondaire à la logique de Son existence. L’homme ne possède pas le caractère pour restreindre son propre pouvoir par des contrepoids, et chaque homme ou femme le sait instinctivement.

En tant que tel, aucun système de gouvernance issu de l’homme, y compris les institutions religieuses créées par l’homme, ne peut protéger l’humanité de son propre pouvoir. C’est le grand dilemme que rencontre la France, et toute autre nation qui aime la liberté, lorsqu’elle répond à la menace terroriste. C’est vrai, nous ne devrions pas avoir peur ! Toutefois, sur quel fondement n’aurons-nous pas peur ?

 

Traduit par Dominique Vendôme