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Une course vers le ciel

Il y a des gens dont le destin reste aussi extraordinaire que les personnages qui l'incarnent. Ayrton Senna est l'une de ces personnes. Le 1er mai 1994, ce grand pilote de Formule 1, alors âgé de trente-quatre ans, a fait sa dernière course sur le circuit d'Imola.


Trois fois champion du monde, 65 pôles positions, 80 présences sur le podium, 161 courses, Ayrton Senna est encore aujourd'hui considéré comme un génie de la Formule 1 et une vraie icône pour des millions de personnes.

Le jour de sa mort, toute la planète s'est arrêtée pour lui rendre hommage, et plus particulièrement le peuple brésilien. Né à Sao Paulo, au Brésil, le 21 mars 1960 dans une famille aisée, c'est dès son plus jeune âge qu'il s'initie à la course motorisée en disputant ses premières compétitions de karting.

Perfectionniste, compétiteur et assoiffé de victoires, son parcours le conduit naturellement au sommet de son art. Il ne lui faut alors pas beaucoup de temps pour se faire remarquer par son style de conduite intrépide, agressif, qui lui procurera beaucoup de victoires, mais aussi beaucoup d'adversaires. Sa rivalité avec Alain Prost restera dans la légende du sport automobile. Toujours hors des règles éthiques et dépassant souvent les limites de la « vérité sportive », cette opposition montrera au long des années le côté moche, sombre et opaque du sport.

Cependant, l'histoire parallèle d'Ayrton Senna montre un autre côté de l'homme, un cheminement différent et parfois mal compris dans un monde dont le focus est ailleurs.

Ayrton Senna était un homme de profondes convictions spirituelles. Ses adversaires interprétaient mal ses déclarations sur sa foi et sa relation avec Dieu, les utilisant souvent pour l'attaquer. Certains affirmaient que sa façon redoutable, et souvent dangereuse, de conduire était le résultat de sa croyance que, du fait d'être proche de Dieu, rien ne pourrait jamais lui arriver.

Cependant, fois après fois, Ayrton Senna contrarie les fausses accusations de ceux qui, par tous les moyens, essayent de le déstabiliser. « Juste parce que je crois en Dieu, juste parce que j'ai foi en Dieu, cela ne veut pas dire que je suis immunisé. Cela ne veut pas dire que je suis immortel », affirme ainsi Ayrton en 1989.

Cependant, plus les années passent, et plus un chemin se trace en dehors des circuits dans le cœur de cet homme. Il affirmait que, malgré ses victoires dans sa profession, il avait encore tout à apprendre dans la vie et qu'il recherchait sans cesse cette vérité et cet épanouissement que, sans doute, seul Dieu pourrait lui procurer.

C'est sur le circuit de la principauté de Monaco en 1988 qu'une étrange expérience a eu lieu. Dans les séances de qualification qui précédent la course, Ayrton Senna prend la voiture et commence à la conduire, tour après tour, à une vitesse vertigineuse, à tel point que tous s'arrêtent pour admirer cet homme qui semble faire de ce bolide une prolongation de son corps. « Il conduisait d'une façon qui allait au-delà de toute compréhension humaine ». Même les non-croyants étaient sidérés en regardant ses temps d'un autre monde qui ne cessaient de s'améliorer tour après tour.

Ayrton Senna, en décrivant cette expérience, dit : « Soudainement, j'ai réalisé que je ne conduisais plus de façon consciente. Je conduisais par instinct, j'étais dans une dimension différente. J'avais dépassé les limites, mais je pouvais encore aller plus vite… J'ai réalisé que j'étais dans une atmosphère différente, j'étais bien au-delà de ma compréhension consciente. » Cependant, le jour de la course, cela fut un échec. Aux portes de la victoire, à sept tours de la fin, il percuta un mur avec sa Formule 1 et se vit contraint d'abandonner. Il dira plus tard : « J'ai beaucoup appris avec cette expérience, et cela m'a rapproché de Dieu ». Cependant, son échec n'était que temporaire, car cette même année à Suzuka au Japon, Ayrton devint pour la première fois champion du monde. Quand il passa la ligne d'arrivée ce jour-là, ses mécaniciens l'entendirent chanter au volant , rire et parler dans une langue qu'ils ne peuvent pas comprendre…

Lorsque finalement il arrêta sa voiture, il expliqua calmement à son équipe qu'il avait remercié Dieu et qu'il avait eu des visions du ciel et de Dieu, et qu'il était envahi par une grande paix. Dieu faisait désormais partie de la vie quotidienne d'Ayrton Senna. « Je fais tout pour comprendre la vie au travers de Dieu. Cela veut dire, tous les jours de ma vie, non seulement quand je suis à la maison, mais aussi dans mon travail. »

Quand il eut enfin eu sa première victoire dans son pays natal, il déclara à la fin de la course : « Dieu m'a donné cette victoire. Autrement cela n'aurait pas été possible, mais Il est plus grand que toutes choses ».

« Je suis très privilégié. J'ai toujours eu une belle vie. Cependant, tout ce que j'ai eu dans la vie a été obtenu par la consécration et un fort désir d'atteindre mes buts, un grand désir de vaincre, non pas comme conducteur, mais vaincre dans la vie. Pour tous ceux qui recherchent la même chose, qui que vous soyez dans la vie, que vous soyez d'un niveau élevé ou d'un niveau modeste, vous devez démontrer une grande force et détermination, et faire toutes choses avec amour et une profonde foi en Dieu. Un jour, vous finirez par atteindre votre but et par avoir du succès ».

Telles étaient les convictions d'un homme sincère qui se tournait de plus en plus vers les autres.

Finalement, le prix de San Marino est arrivé. C'était en 1994. La veille, un autre pilote avait eu un accident mortel dans les qualifications, et tout le week-end était assombri et alourdi par cette tragédie. Le docteur en chef du championnat de Formule 1 dit à Ayrton ce jour-là : « Pourquoi n'abandonnes-tu pas ? Tu as déjà tout gagné, tu es le plus rapide, tu pourrais t'arrêter tout de suite ». Ayrton répondit à cela : « Je ne peux pas, je dois avancer ».

Ce matin, en se levant, il avait lu la Bible comme à son habitude, puis il dit à sa sœur : « Aujourd'hui, je vais recevoir le plus grand cadeau que je puisse recevoir, Dieu Lui-Même ».

Ce jour-là, à la sixième boucle, la voiture d'Ayrton Senna sort de la piste dans un virage, certainement à cause d'un grave problème mécanique, et va heurter à 210 km/h, un mur de béton. Il est 14 h 18 et la respiration du monde entier s'arrête, et celle d'Ayrton aussi.

Son décès sera officiellement prononcé peu après 18 h 30, et ce sont des millions de personnes qui pleurent.

Au Brésil, quelqu'un dira : « le peuple brésilien a besoin de nourriture, d'éducation et de joie, mais la joie est partie aujourd'hui ». Des millions de personnes rendront hommage à ce grand champion qui donnait une bonne partie de son argent pour soutenir les plus défavorisés, et en particulier les enfants. Sa foi, son cheminement, sa maturité en Dieu l'avaient conduit à faire la paix avec la vie et ses rivaux. Le jour de sa mort, il appela son grand rival de toujours Alain Prost pour s'entretenir avec lui et l'appela publiquement son ami. Aujourd'hui, ce dernier est l'un des directeurs de la fondation Ayrton Senna qui œuvre en faveur des déshérités.

Le jour de ses obsèques, des millions de personnes l'ont accompagné jusqu'à sa dernière demeure terrestre. Sur sa tombe il a fait inscrire : « Rien ne pourra me séparer de l'amour de Dieu », un passage de la Bible qui se trouve en Romains. Cette inscription est le corollaire, le témoignage de cette vie trop rapide, courue en vitesse, et qui a été une course vers le ciel.

Repose en paix, champion ! Tu as couru ta course, et tu l'as gagnée !